Miss Charity – Marie-Aude Murail

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Titre
: Miss Charity
Auteur : Marie-Aude Murail
Editeur : Ecole des Loisirs
Date de publication : novembre 2016

Note : 5/5

1

Charity est comme tous les enfants : débordante de curiosité. Mais voilà, une petite fille de la bonne société anglaise des années 1880, ça doit se taire et ne pas trop se montrer, sauf à l’église, à la rigueur. Pour ne pas devenir folle d’ennui, ou folle tout court, elle élève des souris dans la nursery, dresse un lapin, étudie des champignons au microscope, apprend Shakespeare par coeur avec l’espoir qu’un jour quelque chose va lui arriver…

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J’ai vraiment beaucoup aimé ce roman, dans lequel Marie-Aude Murail nous fait découvrir la société du XIXème siècle à travers le regard d’un personnage féminin très fort, avec un style qui n’est pas sans rappeler Jane Austen ou encore les soeurs Brontë, ces écrivaines emblématiques de cette époque.

On découvre Charity, une enfant de bonne famille anglaise, qui fait fi de l’étiquette et des règles de conduite que devrait suivre une fille à son époque : elle élève des animaux de toute sorte dans sa nursery (souris, rat, lapin, hérisson, canard…), elle apprend des pièces de théâtre par coeur et fait preuve d’une curiosité scientifique hors du commun. Un peu délaissée par ses parents, elle est principalement élevée par une bonne écossaise légèrement fêlée et une jeune gouvernante française, qu’elle appelle Mademoiselle.

Charity raconte son histoire à la première personne du singulier, avec un ton très mordant. On la découvre à 5 ans, et ce que j’ai vraiment beaucoup aimé, c’est qu’on la voit grandir pour la quitter à ses 25 ans. J’ai adoré les lettres qu’elle s’est écrit à elle-même, rêvant de son futur. Elle reste plutôt lucide sur sa condition, mais ne baisse jamais les bras. Plutôt que d’être brimée par le carcan de la société, elle s’épanouit petit à petit sous le regard désespéré de sa mère et compréhensif de son père. Ce dernier retrouve en Charity les traits du garçon qu’il aurait aimé avoir. Peu présent dans le roman, il reste une ombre bienveillante qui intervient à des moments clés dans la vie de Charity.

La jeune fille, puis la jeune femme qu’on suit, s’avère être en avance sur son temps en ce qui concerne la condition des femmes à cette époque. Bien loin de rentrer dans le moule, c’est-à-dire faire un mariage avantageux et des héritiers à son époux, Charity ne veut pas d’une vie comme celle-là. Considérée comme une originale, une excentrique par ses pairs, au grand désespoir de sa mère, elle reste tout de même très appréciée dans la société. J’ai vraiment aimé la tournure que prend sa vie dans la seconde moitié du roman, lorsque l’adolescente laisse place à une jeune femme décidée et indépendante. J’ai vraiment beaucoup aimé ce personnage de Charity. Elle fait preuve d’une belle force de caractère en ignorant totalement le regard des autres pour ne poursuivre que sa passion et suivre son coeur.

Le style d’écriture du roman est totalement en accord avec l’époque à laquelle il se situe. Les tournures de phrases font écho aux romans du XIXème. Les dialogues sont transposés sous forme de répliques de théâtre et font un beau rappel de la passion de Charity pour cet art. Les illustrations sont très belles et en parfait accord avec le texte.

Même si je me doutais un peu de la fin, j’ai adoré la façon dont Marie-Aude Murail l’amène petit à petit, nous laissant un beau sourire aux lèvres une fois la dernière page tournée.

Je remercie encore les éditions Ecole des Loisirs pour l’envoi de ce très beau roman !

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Tout pour se déplaire – Jen Klein

Je fais attention à tout. Je fais attention à la moindre minute, parce que je sais qu’elle est importante. Il faut qu’elle le soit, parce que, autrement, ça sert à quoi tout ça, June ?”

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Titre
: Tout pour se déplaire
Auteur : Jen Klein
Editeur : Gallimard Jeunesse
Date de publication : février 2017

Note : 5/5

1

Il n’y a rien de PIRE que d’être coincé dans une voiture tous les matins avec quelqu’un qui a des goûts musicaux épouvantables, quelqu’un que tout vous pousse à détester… Mais avec qui vous vous sentez si bien !

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J’ai adoré cette romance adolescente ! Je l’ai littéralement dévorée tellement j’ai aimé l’histoire, les personnages… De toute façon, ce roman était une valeur sûre puisqu’il a été publié dans la collection Scripto !

June, la narratrice et personnage principale, nous raconte son quotidien et comment elle s’est retrouvée coincée à partager ses trajets pour le lycée avec Oliver. Ce dernier incarne tout ce qu’elle méprise au plus haut point : sportif, musclé, populaire et écervelé. Ou du moins, c’est ce qu’elle pensait de lui au début ! Son récit à la première personne nous permet de plonger dans ses pensées, et on découvre une héroïne un peu cynique, complètement blasée par le lycée. Elle ne rêve que d’une chose : le quitter et enfin commencer sa vie d’adulte ! J’ai apprécié June dès le début, son franc parler, sa situation familiale et sa fragilité que tout le monde ne décerne pas.

J’ai aussi beaucoup aimé Oliver, qui est en réalité très loin des clichés que June veut lui mettre sur le dos. Il se révèle une toute autre personne sous ses dehors de sportif musclé, et c’est ce que j’ai le plus apprécié chez lui. Ses joutes verbales avec June sont parfois à mourir de rire, ils se comportent tous les deux comme chien et chat ! Leur relation est vraiment bien construite et évolue petit à petit. Bien que cette progression soit prévisible, je me suis totalement laissée prendre au jeu, conquise par ces personnages si attachants.

Comme c’est une romance adolescente, certains aspects de l’intrigue étaient à attendre, mais l’auteure n’entre pas complètement dans les clichés de ces romances ados américaines. Au contraire, elle les déjoue parfois et est arrivée à me surprendre plusieurs fois. Le style d’écriture en lui-même est fluide et agréable, les pages se tournent sans qu’on s’en rende compte. Je me suis vraiment sentie bien dans ce petit cocon qu’a créé Jen Klein, et j’ai passé un très bon moment avec cette lecture.

The Winner’s Kiss – Marie Rutkoski

You don’t need to be gifted with a blade. You are your own weapon.

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Titre
: The Winner’s Kiss
Auteur : Marie Rutkoski
Editeur : Bloomsbury
Date de publication : mars 2016

Note : 3.5/5

1

Alors que la guerre entre Herranis et Valorians commence, Arin est plus déterminé que jamais à oublier Kestrel, blessé au plus profond de lui-même par sa trahison et son rejet. Le destin de tout son peuple est désormais entre ses mains, et il doit tout faire pour maintenir son alliance avec Dacran.
De son côté, Kestrel est enfermée dans un camp pour prisonniers, forcée de travailler dans des conditions atroces et brutales. Elle ne rêve que de s’échapper et dire toute la vérité à Arin. Mais sa situation est sans espoir…

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Le début du roman est particulièrement sombre, Marie Rutkoski donne tout de suite le ton : nos héros sont dans une situation difficile ou peu d’espoir semble permis. Entre Arin qui se jette à corps perdu dans la guerre et Kestrel qui vit dans des conditions abominables au camp de prisonniers, j’ai eu du mal à être optimiste pour la suite de l’histoire !

Le premier tiers du roman est consacré à une lente évolution dans l’état d’esprit d’Arin et Kestrel. Petit à petit, les pièces du puzzle se mettent en place, des secrets et des vérités sont enfin révélées. Leur relation à tous les deux est loin d’être facile, surtout après ce qui est arrivé à Kestrel. Il leur faudra du temps pour apprendre à se ré-apprivoiser. Et ENFIN, Marie Rutkoski nous dévoile quelques moments un peu tendres, loin de toutes les tensions qu’il y a pu avoir dans les deux premiers tomes, et ça fait du bien !! Les joutes verbales incessantes entre Arin et Kestrel commençaient à me lasser, ça n’allait nulle part.

Je me suis quand même un peu ennuyée dans ce troisième et dernier tome… J’ai trouvé qu’il y avait quelques longueurs au niveau de l’intrigue, et le côté militaire omniprésent était fastidieux à lire. Autre petit bémol : le dieu de la mort qui parle à Arin… Je n’ai pas compris où voulait en venir l’auteure avec cet aspect là du roman, surtout qu’il ne se place pas dans un univers de fantasy. La bataille finale entre Kestrel et l’empereur m’a laissée sur ma faim, je m’attendais à quelque chose de plus impressionnant. La fin du livre m’a aussi parue très rapide. Bref, je suis contente d’avoir terminé cette saga, c’était une lecture sympathique mais j’en ressors un peu déçue.

The Winner’s Crime – Marie Rutkoski

“If you won’t be my friend, you’ll regret being my enemy.”

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Titre
: The Winner’s Crime
Auteur : Marie Rutkoski
Editeur : Bloomsbury
Date de publication : mars 2015

Note : 4/5

1

Suivre son coeur peut être un crime.
Un mariage royal devrait être une célébration, avec feux d’artifices et danses jusqu’à l’aube. Mais pour Kestrel, promise au Prince, le mariage est un piège.
Kestrel brûle de dire la vérité à Arin : que ses fiançailles sont le prix à payer pour sauver sa vie. Mais dans un monde fait de mensonges et d’intrigues, comment peut-elle lui faire confiance lorsqu’elle ne se fait pas confiance elle-même ? La vérité éclatera au grand jour, et quand ce sera le cas, Kestrel et Arin apprendront le prix de leur crime.

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Dans ce second tome de la saga The Curse par Marie Rutkoski, l’étau se resserre autour de nos deux héros, Kestrel et Arin.

Au début du roman, Kestrel est complètement remontée dans mon estime. Elle se révèle être un personnage fort et très intelligent. Son talent pour les stratégies ressort de manière vive. Sa situation au palais impérial est plus que délicate, et je l’admire pour son abnégation et sa détermination à garder Arin en sécurité.

Je l’ai trouvée très forte et très courageuse d’accepter de se marier pour sauver Arin, ce qui revenait à se jeter littéralement dans la gueule du loup lorsqu’on apprend à connaître l’Empereur. Ce dernier n’hésite pas à l’intimider de manière assez violente pour lui faire comprendre qu’elle est à sa merci. Mais c’est sans compter sur le caractère bien trempé de notre héroïne, qui plutôt que de se laisser abattre, fait tout pour lui mettre des bâtons dans les roues.

Jusque là, tout va bien. C’est à partir du moment où Arin entre de nouveau en scène que cela se gâte. Le jeu du chat et de la souris, du “je t’aime moi non plus” a été beaucoup trop exploité par Marie Rutkoski, à tel point que j’en ai trouvé ça agaçant. Kestrel est tellement têtue à tout cacher à Arin que plus aucune communication n’est possible entre eux. Leurs relations sont très difficiles à cause de tous ces non-dits qui flottent entre eux. Chacun est déchiré par son devoir envers sa nation et ses sentiments. C’est très frustrant pour le lecteur !

Pour ce qui est de l’histoire, Marie Rutkoski maîtrise les éléments de son intrigue à la perfection. Tout s’enchaîne de manière fluide et bien orchestrée. J’ai particulièrement apprécié le personnage de l’empereur, qui est détestable à souhait et fait un méchant parfait ! Il personnifie le sentiment de malaise qui persiste tout au long du roman. Il a une longueur d’avance sur tout le monde et n’hésite pas à manipuler ou employer la force pour parvenir à ses fins.

La fin du roman est déchirante, nous laissant impatient pour lire la suite.

Shatter Me – Tahereh Mafi

“All I ever wanted was to reach out and touch another human being not just with my hands but with my heart.”

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Titre
: Shatter me
Auteur : Tahereh Mafi
Editeur : HarperCollins
Date de publication : 2012

Note : 4/5

Ce roman est aussi disponible en français sous le titre Ne me touche pas, publié chez Michel Lafon.

1

Juliette est enfermée depuis 264 jours dans une forteresse à cause d’un accident. Un crime. 264 jours sans parler, ni toucher personne. Jusqu’au moment où un gardien vient partager sa cellule. Derrière sa nouvelle apparence, elle le reconnaît : c’est Adam, celui qu’elle aime en secret depuis l’enfance. Pourquoi est-il enfermé avec elle? Pourquoi lui pose-t-il tant de questions? Et pourquoi semble-t-il ignorer qui elle est?

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Le style de l’auteur peut être surprenant au premier abord, mais finalement on s’y habitue très vite. Je l’ai trouvé même original et poétique à sa manière, et surtout, cela rend les pensées de Juliette beaucoup plus palpables.

Le personnage de Juliette m’a paru un peu difficile à cerner au début. Elle est proche de la folie, et c’est plutôt compréhensible au vu de ce qu’elle a vécu. Son pouvoir l’empêche de toucher qui que ce soit sans qu’il y ait des conséquences plus que regrettables, mais personne ne peut la toucher non plus, ce que Juliette vit très mal. Mais l’arrivée d’Adam dans sa cellule change tout. A ses côtés, on voit notre héroïne évoluer, prendre confiance en elle et devenir une jeune femme forte.

Les autres personnages créés par Tahereh Mafi sont très intéressants. Warner le leader psychopathe, Adam le preu chevalier, Kenji et son humour parfois douteux… Je les ai tous appréciés. Le seul bémol peut être serait la romance entre Juliette et Adam, beaucoup trop prévisible et rapide.. J’ai ressenti un certain malaise, comme si quelque chose clochait. A voir dans les tomes suivants si cette intuition se confirme !

Pour ce qui est de l’histoire en général, on est face à une dystopie : le monde est complètement déréglé par la pollution suite aux excès des humains, et une organisation tente d’y redonner un semblant d’ordre à coup de tyrannie et de surexploitation des autres. Bien que le thème de la dystopie ait été vu et revu, j’ai trouvé l’angle d’attaque de Tahereh Mafi vraiment intéressant et il me tarde de voir ce que la suite va donner.

Les secrets de Brune – Bruna Vieira & Lu Cafaggi

Je veux savoir qui je suis sans que personne n’attende rien de moi en retour.”

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Titre
: Les secrets de Brune, L’amie parfaite
Auteur : Bruna Vieira & Lu Cafaggi
Editeur : Sarbacane
Date de publication : avril 2017

Note : 5/5

1

C’est bientôt la rentrée et Brune change de collège… Son angoisse grandit à mesure que le jour fatidique approche. À quoi ressemblera sa nouvelle vie ? Son histoire commence… Brune est une adolescente timide et secrète, qui s’interroge sur sa vie, sur le monde qui l’entoure. Ses copains de classes, ses professeurs, sont autant d’énigmes qu’elle peine à résoudre. Comment trouver la clé ?…

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Coup de coeur pour cette BD aux couleurs pastel et aux dessins tout doux ! Bruna Vieira, célèbre blogueuse et Youtubeuse brésilienne nous livre ici un petite autobiographie dans laquelle elle partage la difficulté d’être une adolescente.coup-de-coeur

Les dessins sont SUBLIMES et donnent une atmosphère très douce et cosy à la BD, pour un sujet qui ne l’est pas tant que ça. La peur du regard des autres, le manque de confiance en soi et le questionnement incessant sur son identité en tant que personne sont évoqués sans fards et avec beaucoup de délicatesse. Les textes de bulles sont concis, mais n’enlèvent rien aux messages que Bruna veut faire passer. C’est doux, mélancolique, on sent bien que Brune est perdue.

J’aime beaucoup le fait que le personnage de la BD interagisse avec le lecteur et apostrophant et en l’incitant à se confier aussi sur le ressenti de ses années collège. J’ai aussi adoré ces petites choses en plus qui parsèment les pages, comme la recette d’un gâteau aux fraises ou encore la playlist de la joie.

Autre petit plus, le très court dossier à la fin, où Bruna Vieira explique comment elle a eu l’idée de cette BD, et se livre encore un peu sur son histoire personnelle. Et sa référence aux titres des chapitres, inspirés des titres de romans de femmes qui ont marqué l’histoire de la littérature. J’ai vraiment adoré cette lecture et je ne peux que vous la recommander !

Un grand merci aux éditions Sarbacane pour l’envoi de cette BD et cette très belle découverte !

I.R.L – Agnès Marot

Life City n’est pas la ville que tu penses connaître, commence-t-il. C’est une société qui a été imaginée pour permettre aux gens de la vie réelle, les gens comme moi, de se divertir.”

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Titre
: I.R.L
Auteur : AGnès Marot
Editeur : Gulf Stream Editeur
Date de publication : avril 2016

Note : 5/5

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Chloé Blanche a grandi à Life City. Comme tous ses habitants, elle ignore qu’ils sont filmés en permanence. Elle ignore qu’ils sont un divertissement pour des milliers et des milliers de foyers. Elle ignore qu’ils sont les personnages de Play Your Life, l’émission qui fait fureur hors de Life City, IRL.
Elle ignore surtout à quel point ils sont manipulés. Lorsqu’elle rencontre Hilmi, le nouveau à la peau caramel, elle tombe immédiatement amoureuse. Mais ceux qui tirent les ficelles ne le lui destinent pas. C’est ainsi qu’elle découvre la nature de tous ceux qui vivent à Life City : les personnages d’un immense jeu vidéo.

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Je tiens à remercier Gulf Stream Editeur pour l’envoi de ce roman et cette belle découverte.

Ce roman est un véritable coup de poing ! L’auteure reprend habilement les thématiques très actuelles des jeux vidéos, d’Internet et de la télé-réalité, dans un univers futuriste savamment construit. Le résumé m’avait tout de suite attirée, j’étais curieuse de voir comment Agnès Marot allait développer cette histoire, et je n’ai vraiment pas été déçue.

Chloé, le personnage principale, nous raconte son histoire à la première personne. On la suit dès le début, dans l’ignorance de ce qui lui arrive depuis qu’elle est née, et dans sa prise de conscience sur sa situation. L’utilisation du “je” m’a permis de me plonger totalement dans son quotidien et de vivre avec elle toutes les émotions par lesquelles elle passe : la trahison, le dégoût, et la rébellion. J’ai trouvé ce personnage vraiment très authentique et humaine dans ses réactions. Elle est très courageuse et ne baisse jamais les bras, peu importe les conséquences que cela pourrait avoir sur sa vie ou celle des autres.

La romance est assez présente, un peu confuse parfois. Le personnage d’Hilmi reflète parfaitement la situation de contrôle et de manipulation dans laquelle sont les habitants de Life City. Les sentiments de Chloé pour lui étaient peut être un peu trop intenses à certains moments, d’où cette maladresse dans la romance entre elle et Hilmi.

La narration du roman est telle qu’on se rend compte à quel moment les ficelles sont tirées et lorsque les personnages sont vraiment autonomes. Les passages alternent entre le passé, raconté à la première personne par Chloé, et le présent, écrit à la troisième personne du singulier. J’ai trouvé ce choix de l’auteure vraiment intéressant, cela donne une dimension encore plus profonde à l’histoire.

Les thématiques que j’ai citées plus haut (jeux vidéos, Internet, télé-réalité, réseaux sociaux…) sont vraiment très bien exploités par l’auteure. Elle m’a fait réfléchir sur la tournure que prend notre société à être toujours connectée, à s’exhiber sur les réseaux sociaux, courir après un physique parfait et vivre d’autres vies à travers la télé-réalité… Les pistes qu’elle explore dans son récit sont peut-être futuristes, mais elles revêtent une dimension très rationnelle, et c’est ce qui fait peur. J’ai vraiment beaucoup apprécié cette lecture.

 

Sauveur & Fils – Marie-Aude Murail

« Quand les gens disent une grosse bêtise, il faut leur répondre par une ENORME bêtise. Peut-être que comme ça, ils comprendront qu’ils sont bêtes ? »

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Titre
: Sauveur & Fils
Auteur : Marie-Aude Murail
Editeur : Ecole des loisirs
Date de publication : mars 2017

Note : 5/5

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Quand on s’appelle Sauveur, comment ne pas se sentir prédisposé à sauver le monde entier ?
Sauveur Saint-Yves, 1,90 mètre pour 80 kg de muscles, voudrait tirer d’affaire Margaux Carré, 14 ans, qui se taillade les bras, Ella Kuypens, 12 ans, qui s’évanouit de frayeur devant sa prof de latin, Cyrille Courtois, 9 ans, qui fait encore pipi au lit, Gabin Poupard, 16 ans, qui joue toute la nuit à World of Warcraft et ne va plus en cours le matin, les trois soeurs Augagneur, 5, 14 et 16 ans, dont la mère vient de se remettre en ménage avec une jeune femme…
Sauveur Saint-Yves est psychologue clinicien.
Mais à toujours s’occuper des problèmes des autres, Sauveur oublie le sien. Pourquoi ne peut-il pas parler à son fils Lazare, 8 ans, de sa maman morte dans un accident ? Pourquoi ne lui a-t-il jamais montré la photo de son mariage ? Et pourquoi y a-t-il un hamster sur la couverture ?

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Marie-Aude Murail est une auteure qui m’a accompagnée lors de mon adolescence, et c’est toujours un plaisir de découvrir ses romans. Sauveur & Fils, comme les autres, ne déroge pas à la règle : je l’ai adoré, un vrai coup de coeur ! Marie-Aude Murail a un style bien à elle, qui fait que l’on plonge immédiatement, corps et âme dans les histoires qu’elle nous raconte. Ses personnages ont toujours un petit quelque chose qui les fait sortir de l’ordinaire et qui nous le rend encore plus attachants.coup-de-coeur

Dans Sauveur & Fils, on rencontre Sauveur Saint-Yves et son fils Lazare. Je les ai adorés tous les deux, surtout Sauveur. J’ai beaucoup aimé le contraste qu’établit l’auteure entre son statut de psychologue et la définition qu’ont les gens en général de ce genre de personne. Tous sont surpris par l’apparence de Sauveur, qui ne correspond pas à leurs attentes. Plutôt que de découvrir un homme blanc, petit, avec des lunettes comme on se représente souvent les psychologues, ils font face à un géant black à la voix douce. Cette focalisation sur l’apparence de Sauveur revient régulièrement tout au long du roman, dénonçant le racisme qui persiste encore aujourd’hui.

Je l’ai tout de suite aimé, Sauveur. Il est à l’écoute de ses patients, se questionne souvent sur sa pratique, mais surtout, il est doux et posé. Cela se ressent énormément dans sa manière d’être. L’écriture du roman nous permet de suivre ses pensées et ses ressentis. Ce qui m’a le plus marquée dans ce personnage, c’est qu’il est profondément humain. Il s’investit énormément dans son travail, à chercher à comprendre le mieux possible les maux de ses patients. Mais ce dévouement, pour les autres, il ne l’applique pas à son fils, qu’il élève seul depuis le décès de sa femme. Il est très peu présent pour lui, et le délaisse bien souvent pour résoudre les problèmes de ses patients.

Lazare est un petit garçon solitaire, très débrouillard et curieux de la vie. Il écoute en cachette les consultations de son père, et découvre des thématiques un peu violentes pour un enfant de huit ans : scarification, pipi au lit, folie… Je l’ai trouvé très attachant par son caractère intrépide et enthousiaste.

A travers les consultations de Sauveur, Marie-Aude Murail aborde des sujets très actuels aujourd’hui, notamment concernant la phobie scolaire, l’homosexualité ou les familles recomposées. Elle le fait avec beaucoup de délicatesse et de sensibilité, nous forçant à réfléchir sur nos comportements et nos croyances. C’est comme si nous aussi, nous étions en rendez-vous avec un psychologue. Le roman ne fait pas que dépeindre des séances chez le psychologue, Marie-Aude Murail fait également planer un mystère tout droit sorti du passé de Sauveur, qui a vécu en Martinique jusqu’aux trois ans de Lazare. J’ai tout simplement adoré cette lecture, et il me tarde de lire la suite !

Je remercie les éditions Ecole des Loisirs pour l’envoi de ce roman et cette très belle découverte !

The Effigies T1 : La flamme du destin – Sarah Raughley

Si tu réussis à survivre plus de sept ans, c’est que tu es soit une déesse, soit un pathétique rebut de l’humanité dont la survie ne peut être attribuée qu’à son pitoyable désir de se cramponner à sa misérable existence”

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Titre
: The Effigies T1 : Les flammes du destin
Auteur : Sarah Raughley
Editeur : Lumen
Date de publication : avril 2017

Note : 5/5

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Les Fantômes – des créatures de cauchemar, mélange de chair pourrissante et de ténèbres –, terrorisent l’humanité depuis une centaine d’années. Pour les affronter, les pouvoirs surhumains des Effigies sont apparus peu après et, même si désormais, des boucliers protègent les grandes villes de la menace, les quatre dépositaires de cette puissance inimaginable – étrangement, toujours des femmes – sont aujourd’hui des célébrités mondiales.

À seize ans, Maia, dont la jumelle est morte dans un incendie, idolâtre, comme autrefois sa soeur, les Effigies. Quand Natalya, l’Effigie du feu, meurt dans d’étranges circonstances et que Maia est choisie pour prendre sa place, elle a du mal à comprendre ce qui lui arrive. Elle cache d’abord la vérité à son entourage… jusqu’au jour où le bouclier de New York présente une défaillance : y fait son apparition, pour la première fois, un homme énigmatique, Saul, qui semble capable à la surprise générale de contrôler les Fantômes. Terrifiée, sans préparation au combat, Maia se retrouve propulsée dans l’arène, contrainte de se battre aux côtés de trois jeunes filles qui, malheureusement, ne veulent plus entendre parler les unes des autres.

Entre combats homériques et enquête glaçante sur les vraies raisons de la mort de Natalya, depuis la découverte du passé de ses camarades jusqu’à la révélation des ténébreuses origines de la Secte, la jeune fille se retrouve aspirée dans une dangereuse spirale : le feu qui couve en elle pourrait bien la consumer tout entière !

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Dès les premières page du roman, l’auteure ne perd pas de temps avant de nous plonger au coeur de l’action. Le contexte se met en place tout de suite. Il faut suivre attentivement pour ne pas perdre le fil, mais une fois passé ce cap, il m’a été difficile de lâcher ce livre. Sarah Roughley mêle habilement action, suspens, complot et enquête dans un enchaînement de rebondissements et de révélations. Le tout est écrit avec un style clair et efficace.

Maia est un personnage qui m’a beaucoup touchée. Elle est brisée par la perte de sa famille, et cela se ressent beaucoup, sans être mélodramatique. Elle est aussi complètement perdue : elle qui était une ado ordinaire qui idolâtrait les Effigies, voilà qu’elle en est une. Elle ne se sent absolument pas légitime dans ce rôle et doute d’elle-même. Comment peut-elle être à la hauteur face à une Belle qui terrasse les Fantômes comme si c’était une bagatelle ? L’auteure explore avec autant de délicatesse que de brutalité la culpabilité de Maia d’avoir été choisie et de ne pas se sentir légitime. En plus de cela, elle est l’héritière de Natalya, une légende parmi les légendes. Malgré tout, le personnage de Maia évolue au fil des pages. Petit à petit, l’adolescente prend confiance en elle, mais ce n’est pas une de ces transformations bateau où l’héroïne devient une super badass aux pouvoirs extraordinaires du jour au lendemain. L’auteure a gardé la vraie nature de Maia de bout en bout, et j’ai trouvé ça vraiment appréciable.

Les Effigies sont toutes des personnages féminins, et ne sont pas clichées du tout, ce que j’ai vraiment apprécié. Elles ne sont pas parfaites et ne correspondent pas aux super héroïnes que tout le monde pense qu’elles sont. On les découvre fragiles, écrasées par le poids qui pèse sur leurs épaules. Belle est celle qui m’a le plus touchée. Une part d’elle très sombre se cache sous ses airs de jeune femme posée et physiquement parfaite. Chae Rin est impulsive et possède une force surhumaine, ce qui lui a valu d’être mise à l’écart. Elle aussi, sous sa carapace, cache une fragilité liée à sa famille. Lake, quant à elle, ne cache pas sa timidité et sa peur, c’est la plus discrète des quatre Effigies.

Les autres personnages sont tout aussi complexes que les Effigies. L’auteure ne tombe pas dans la facilité et nous dévoilent des caractères profonds et travaillés. Je pense notamment à Rhys et Saul (qui m’a terrifiée au passage !).

La Secte, cette organisation qui gère les Effigies et intervient en cas d’attaque de Fantômes, porte bien son nom. Les dirigeants sont mystérieux et n’apparaissent pas, des informations sont gardées secrètes, et au final on ne connaît pas vraiment leur but. La Secte maquille la vérité, notamment concernant la mort de Natalya… Il m’est difficile de parler plus de ce roman sans révéler des éléments clés de l’histoire, mais en bref, l’action, les rebondissements et les révélations se succèdent sans nous laisser le temps de reprendre notre souffle !

Je remercie encore les éditions Lumen pour l’envoi de ce roman et cette superbe découverte !

Esther – Sharon E. McKay

Il n’y avait rien dans son passé qui puisse la réconforter, et rien dans son avenir qui lui donne le moindre espoir. Mais il y avait un maintenant, et pour le moment cela devait lui suffire.”

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Titre
: Esther
Auteur : Sharon E. McKay
Editeur : Ecole des loisirs
Date de publication : septembre 2016

Note : 5/5

1

En 1735, Esther Brandeau a quatorze ans. Fille illégitime d’un marchand d’étoffes réputé, elle vit dans un village du sud de la France. Sa famille veut arranger un mariage avec un chiffonnier afin de préserver sa réputation, et Esther s’enfuit. Mais la vie sur les routes est pleine de dangers pour une jeune fille, juive de surcroît. Alors Esther se travestit et elle va vivre plusieurs vies : tour à tour protégée d’une courtisane, boulanger, matelot, elle devra, pour se sauver des périls, changer plusieurs fois d’identité. Portée toujours par l’espoir de retrouver Philippe, un marin qui lui a permis de réchapper d’un naufrage, elle tombe d’un monde dans un autre, et du Vieux Monde dans le Nouveau.

Elle traverse l’océan et arrive à Québec, dans la province de la Nouvelle-France. Mais, à cette époque, la Nouvelle-France est une colonie catholique, et l’entrée en est interdite aux personnes de confession juive. Jusqu’où Esther sera-t-elle prête à aller pour accomplir son destin ?

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J’ai adoré ce roman, que j’ai lu d’une traite. Les pages se tournaient à toute vitesse tellement j’ai été captivée par l’histoire d’Esther Brandeau, cette héroïne qui brave les conventions de la société du XVIII. Je l’ai trouvée fascinante par son courage et admirable par sa force. Enfermée dans le carcan familial, les attentes des autres, sa condition de femme et sa religion juive, Esther ne rêve que de découvrir ce que le monde a à lui offrir. Mais sa volonté de plaire à sa famille et les conventions sociales sont plus fortes, la jeune femme plie à leurs exigences.

Le naufrage du bateau qui doit l’emmener à Amsterdam est sa planche de salut. Plutôt que de s’apitoyer sur son sort, elle prend sa vie en main et se libère du carcan dans lequel elle était enfermée. Bien sûr, ce n’est pas toujours évident pour la jeune fille. Elle est souvent déchirée entre l’éducation juive qu’elle a reçue et les vérités qu’elle rencontre sur son chemin. Mais ce qui fait sa force, c’est qu’elle ne se laisse pas aveuglée, cramponnée à ses convictions personnelles. Elle s’ouvre totalement au monde qui l’entoure. On découvre alors une Esther curieuse, qui croque à pleines dents cette nouvelle vie qui s’offre à elle. Tour à tour apprentie courtisane, boulanger, marin, messager, homme à tout faire, Esther ne cesse de nous surprendre tout au long du récit.

Ce que j’ai aimé à propos de ce roman, c’est le message qu’il fait passer à propos de la société patriarcale dans laquelle vit Esther. L’héroïne prouve qu’il est possible de tout faire, faisant voler en éclat cette idée qu’il existe un “sexe faible”. Elle s’est montrée courageuse, et ce bien plus de fois que les garçons et les hommes qu’elle a croisé. Le point qui m’a encore plus conquise : l’histoire vraie dont est inspirée le roman. Esther Brandeau a réellement existé au XVIIIe siècle et s’est travestie en homme pour accomplir son destin. Je trouve ça formidable que l’auteure ait choisi de retranscrire le destin de cette femme méconnue, et ça donne vraiment une dimension encore plus convaincante au personnage.

Le style d’écriture est fluide, le vocabulaire est riche, les personnages sont bien construits et développés et le cadre historique totalement maîtrisé. On sent que l’auteure a effectué un travail de recherche minutieux pour rester le plus fidèle possible à la réalité de cette époque et de l’histoire d’Esther. J’ai vraiment beaucoup aimé cette lecture.