Nous les filles de nulle part – Amy Reed

« Erin ne peut pas bouger, même si elle ne veut que cela. Elle ne peut pas l’obliger à arrêter. Elle ne peut pas crier. Elle ne peut pas appeler à l’aide. Voilà ce que ça fait d’être capturée, d’être paralysée et impuissante, d’être réduite à rien. C’est quand votre propre corps, votre propre voix, deviennent vos ennemis, quand ils ne vous écoutent plus parce qu’ils sont à lui maintenant, parce qu’il les a volés, parce qu’il les contrôle en se servant de votre propre peur. »

***

filles
Titre
: Nous les filles de nulle part
Auteur : Amy Reed
Editeur : Albin Michel
Date de publication : 2018
Prix : 19 euros
(536 pages)

Note : 5/5

1

Grace vient d’entrer au lycée de Prescott après avoir déménagé. Dans la chambre de sa nouvelle maison, elle découvre des mots griffés sur le mur : Aidez-moi. Tuez-moi, je suis déjà morte.
Ces mots, c’est Lucy, qui les a tracés. Lucy, qui a accusé trois garçons de Prescott de l’avoir violée. Lucy, qui a été traitée de menteuse par le reste du lycée. Lucy, que la police n’a pas écoutée. Lucy, qui a fui la ville avec ses parents.
Très vite, Grace comprend que cette violence s’exerce à tous les niveaux dans la ville de Prescott : quand les joueurs de l’équipe de foot notent le physique des filles qui passent devant eux ; quand son amie Rosina doit éviter les avances des clients du restaurant où elle travaille ; et surtout sur le blog du moment, « Les vrais mecs de Prescott » dont la ligne éditoriale consiste principalement à considérer les femmes comme des objets.
Grace, Erin et Rosina sont décidées à agir, mais elles ne peuvent le faire seules.

2

 

coup-de-coeurCe roman est un véritable coup de poing ! L’autrice nous livre sans concession un récit fort et poignant. Elle aborde les problématiques bien trop souvent passées sous silence de la culture du viol et du sexisme. 

Le roman s’articule en une succession de chapitres basés sur le point de vue de trois personnages principaux féminins. Ils sont écrits à la troisième personne du singulier. D’autres chapitres, consacrés à toutes les autres femmes du roman, se glissent régulièrement dans le roman, de même que des extraits du blog Les vrais mecs de Prescott (j’en ai encore les poils hérissés devant le ramassis de conneries, pardonnez-moi l’expression, que l’auteur du blog a pu écrire !)

Le début peut paraître un peu froid ou méthodique, mais le ton est tout de suite donné : ce n’est pas un roman d’ado léger. C’est une lecture oppressante, voire parfois violente, mais nécessaire.

J’ai ressenti tout ce que les personnages ont pu traverser. Amy Reed dépeint avec justesse tout ce qu’une fille traverse pendant son adolescence (et même en temps que jeune adulte) : la pressions sociale sur la perte de la virginité, le comportement vis à vis des garçons, la notion de consentement et sa zone floue, le questionnement sur sa sexualité, son rapport à son corps… L’autrice parle du viol de manière franche et brutale : autant nommer un chat un chat.

L’autrice, à travers la multitude de personnages féminins qu’elle met en scène, balaie un large panel de profils de filles. Elles sont toutes différentes les unes des autres, que ce soit dans leur caractère, leurs origines sociales, ethniques, leur sexualité… C’est diversifié et représentatif de la réalité. On est très loin des personnages adolescents classiques et lisses qu’on peut trouver dans la littérature YA.

Les discussions que peuvent avoir ces filles dans le roman reflètent également parfaitement la réalité. Beaucoup d’entre elles ignorent qu’elles aussi peuvent ressentir du désir et du plaisir lors d’un rapport sexuel, que tout n’est pas centré sur le plaisir du garçon. Elles sont mal informées, il leur est donc difficile de s’épanouir complètement.

Les trois personnages féminins principaux m’ont beaucoup touché, chacune à leur manière.
Grace, fille de pasteure, en surpoids, est l’instigatrice du mouvement des Filles de Nulle part. Elle a du mal à trouver sa place face à sa mère charismatique à qui tout réussit. Elle se questionne sur les décisions à prendre, et veut faire les choses les plus justes possibles.
Rosina est celle qui a le plus de caractère. Elle est issue d’une famille mexicaine qui applique des traditions sexistes (= la femme aux fourneaux/au boulot/qui s’occupe des enfants). Elle entretient des rapports conflictuels avec sa mère. Je l’ai aimée pour son côté fragile, qu’elle cherche à tout prix à dissimuler par une attitude bravache.
Erin, la dernière, est celle que j’ai préférée. Autiste et sensible, elle se démarque des autres par son franc parler et son indifférence pour les règles de comportement en société. Elle rentre dans le tas sans se soucier des conséquences.

En bref, ce roman est un coup de poing, une claque. Le ton est vif et tranchant. Les sujets abordés sont actuels et ancrés dans le réel. Ça fait un bien fou de lire des livres comme celui là !

Encore merci aux éditions Albin Michel pour l’envoi de ce roman. Une vraie pépite !

11 réflexions sur « Nous les filles de nulle part – Amy Reed »

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