Girls & Sex : une étude américaine – Peggy Orenstein

« Qu’on abandonne le négatif – qu’on cesse de considérer les garçons sous l’angle de l’agressivité et les filles sous l’angle de la vulnérabilité, qu’on en finisse avec la hargne et l’aigreur – pour réfléchir plutôt à ce que seraient les relations sexuelles saines, consensuelles et réciproques. Cela permettra peut-être aux filles de réfléchir à ce qu’elles désirent – réellement – sur le plan sexuel, et de réussir enfin à le dire. Cela permettra peut être aussi aux garçons de les écouter. »

***

c3fb6148-4929-49a5-ab70-bc037a5810f9
Titre 
: Girls & Sex : une étude américaine
Autrice : Peggy Orenstein
Editeur : HarperCollins
Date de publication : 2018
Prix : 18.00 euros
(297 pages)

Note : 4/5

1Un fossé s’est creusé entre les parents et leurs filles. Même à l’ère des «  parents-hélicoptères  », mères et pères ne savent pas concrètement comment leurs filles appréhendent la sexualité. En s’appuyant sur de longues interviews réalisées auprès de 70 Américaines et de psychologues, universitaires et spécialistes, la journaliste aborde les sujets qu’on préfère éviter avec une grande délicatesse et beaucoup d’humour  : le rôle de la pornographie ; pourquoi le fait de perdre sa virginité est si important aujourd’hui  ; le terrain accidenté que constitue la culture du hookup (coup d’un soir)  ; la prégnance dérangeante des agressions sexuelles.

2En commençant cet essai, je savais que j’allais grincer des dents, mais je ne me doutais pas que ce serait à ce point. Peggy Orenstein explique, avec clarté, l’état de la sexualité chez les adolescentes, aujourd’hui, aux Etats-Unis. Elle le fait en abordant différents points, allant de l’auto-objectification à la culture du viol, en passant pas l’abstinence et la culture du « hook-up ».

Chaque chapitre, sept au total, aborde un point différent. Peggy Orenstein s’est appuyée sur le témoignage de près de 70 jeunes femmes. Elle explique dans son introduction qu’elle a souhaité explorer un panel le plus large possible, incluant des femmes toute appartenance ethnique, culturelle, sexuelle ou religieuse. Elle précise cependant que cet échantillon n’est pas exhaustif, et que le résultat de sa recherche ne l’est pas non plus.

Même si Peggy Orenstein dénonce des faits de société dont je me doutais déjà, chaque chapitre m’a fait l’effet d’une petite claque.
Le premier aborde la question de l’auto-objectification des jeunes femmes aujourd’hui. Il y a une telle pression de la société qu’elles veulent avant tout plaire physiquement. A aucun moment elles ne prennent en compte leurs ressentis, leurs émotions, parce qu’elles se réduisent à un corps. Elles le maltraitent, le gainent, l’affament etc, pour arriver à un idéal fait pour plaire… aux hommes. Et le pire, c’est que cette auto-objectification est encouragée, directement ou indirectement, par les réseaux sociaux. Sur Instagram, on voit Nicki Minaj mettre en avant son fessier, ou encore Emily Ratajkowski  prendre des poses lascives… elles s’auto-objectifient et se mettent en scène pour le regard des autres (regard masculin en majorité !)
Autre exemple, plus concret (et français) : depuis deux ans, des étudiantes de l’EM Lyon étaient classées selon des critères physiques et commentaires sexistes par leurs camarades masculins, sur un groupe Facebook privé. Le fichier tableur a été découvert au début de l’été.

Mais le corps comme « produit » est très différent du corps comme sujet. Et apprendre à être sexuellement désirable n’a rien à voir avec apprendre à explorer son propre désir : ce que l’on veut, ce dont on a besoin, et ce qu’on peut éprouver de joie, de passion, d’intimité et d’extase. Pourquoi s’étonner que les filles se sentent puissantes quand elles se sentent « bonnes », puisqu’on ne cesse de leur dire que c’est une condition préalable pour réussir dans tous les domaines ? Or, la réalité est tout autre : l’impératif de  » la bonne meuf » est un prisme qui déshumanise la sexualité, quelque soit la personne qui « gère ».

Peggy Orenstein aborde également la question des vêtements des jeunes femmes, et la manière dont elles sont jugées selon ce qu’elles portent. On est pas loin du « elle l’avait bien cherché vu ce qu’elle portait ! »

En leur imposant des tenues jugées décentes, on cherche autant à protéger leur sexualité qu’à la contenir – tout en chargeant, par contamination, les jeunes filles de maîtriser la sexualité des jeunes hommes.

L’autrice démonte l’idée reçue que les filles sont encore une fois responsables de la sexualité, déviante ou non, des garçons. Qu’il est de leur responsabilité d’apparaître décentes sous peine de faire face à des conséquences peu agréables.

La culture du hook-up (intraduisible en français, qui peut aller du simple bisou à une interaction sexuelle complète), la culture du viol et leurs frontières floues sont abordées avec clarté.
Je suis tombée des nues en lisant que les ados et les jeunes femmes pratiquaient le sexe oral pour répondre aux attentes et aux pressions masculines, tout en ne le considérant pas comme du sexe. Plus simplement, c’est pour elles une sorte de compromis pour à la fois satisfaire leur partenaire et ne pas avoir s’engager trop loin sexuellement.
Je suis tombée encore plus des nues en réalisant que, malgré tous les discours sur la sexualité, le fait qu’on tende à une société égalitaire pour les hommes et les femmes, ces dernières sont toujours perdantes. Elles doivent/font systématiquement passer le désir de l’autre avant le leur. La satisfaction de l’autre avant la leur. 

En bref, cet essai dresse un bilan peu positif sur la sexualité des jeunes femmes. Si dans la sphère publique elles semblent pouvoir être libérées et faire ce qu’elles veulent, la sphère privée est une toute autre histoire. Elles subissent une pression inimaginable, tout repose sur leurs épaules, tout est de leur faute. Peggy Orenstein conclue en disant que :

Les parents doivent discuter avec leurs fils de l’éventail des modes de pression, de contraintes et de consentement et des forces qui les poussent à voir les limites des filles comme des défis à relever. Les garçons, eux aussi, doivent prendre conscience du mal que leur font les médias sexualisés et le porno. Ils ont besoin de voir des modèles de sexualité masculine qui  ne soient pas fondés sur l’agression ou le mépris envers les femmes, ni sur leur conquête. Ils doivent apprendre à connaître le plaisir partagé, la réciprocité, l’échange mutuel […]

C’est en passant par le dialogue et l’éducation, à la fois des filles ET des garçons, que l’on pourra voir un véritable changement dans les mentalités. Et une amélioration dans la sexualité des jeunes femmes.

2 réflexions sur « Girls & Sex : une étude américaine – Peggy Orenstein »

  1. Je ne connaissais pas du tout cet essai, ta chronique du livre m’indigne sur le sujet. Quoique en général, la représentation sexuelle féminine me révolte. C’est intéressant de découvrir et de voir les différents points de vue. Tu as totalement raison, à nous aussi de changer ce mode de penser quittes à être prise pour des ovnis. Pourquoi suivre une norme qui ne nous correspond pas ^.^

    Aimé par 1 personne

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s