La Favorite, trio de femmes et jeux de pouvoirs

Premier coup de coeur cinématographique de l’année ! La Favorite est un savant mélange d’histoire, d’humour et de pouvoir au féminin. Une pépite !

The-Favourite


La Favorite
Par  Yórgos Lánthimos
Avec Emma Stone, Rachel Weisz, Olivia Colman
2018
Genre : historique

 

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Début du XVIIIème siècle. L’Angleterre et la France sont en guerre. Toutefois, à la cour, la mode est aux courses de canards et à la dégustation d’ananas. La reine Anne, à la santé fragile et au caractère instable, occupe le trône tandis que son amie Sarah (Rachel Weisz) gouverne le pays à sa place. Lorsqu’une nouvelle servante, Abigail Masham, arrive à la cour, Sarah la prend sous son aile, pensant qu’elle pourrait être une alliée. Abigail va y voir l’opportunité de renouer avec ses racines aristocratiques. Alors que les enjeux politiques de la guerre absorbent Sarah, Abigail quant à elle parvient à gagner la confiance de la reine et devient sa nouvelle confidente. Cette amitié naissante donne à la jeune femme l’occasion de satisfaire ses ambitions, et elle ne laissera ni homme, ni femme, ni politique, ni même un lapin se mettre en travers de son chemin.

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Mais quel film !!! Je n’avais pas regardé la bande-annonce, je voulais garder la surprise complète (et quelle surprise !!). J’y suis allée les yeux fermés, parce qu’Emma Stone fait partie de mes actrices préférées. J’ai ADORE !

Ce qui m’a d’abord frappée dans ce film, c’est le savant mélange entre humour, drame et histoire. Je m’attendais à quelque chose de sérieux, linéaire… un film historique classique en fait. Or, il n’en est rien.
Le réalisateur a ajouté des touches d’humour pour rendre le film un peu plus léger, sans nuire à l’aspect historique justement. Je me suis surprise à rire (avec la salle !) à certains moments.

La deuxième chose que j’ai retenue, ce sont les relations entre les personnages, et l’absence de male gaze. Dans La Favorite, tout tourne autour des rapports entre Anne, Sarah et Abigail. Les hommes ne sont que des personnages secondaires, de pions manipulés par les femmes pour parvenir à leurs fins. Ils sont tournés en ridicule par leur accoutrements et leurs manières. C’est symboliquement très fort !
Ce sont vraiment ces trois femmes – Anne, la reine ; Sarah, la duchesse de Malborough et Abigail, simple servante au début – qui prennent toute la place. Elles ont le pouvoir et gèrent la sphère politique.

J’avoue que le personnage d’Anne m’a laissée perplexe. Je ne sais pas quelles libertés a pris le réalisateur par rapport à la réalité, mais j’ai eu du mal à percevoir la reine comme cette femme un peu folle sur les bords. Elle avait l’air extrêmement fatiguée, capricieuse et éreintée par la vie qu’elle menait (elle a tout de même eu 17 grossesses, desquelles aucun enfant n’a survécu). Je n’ai peut-être simplement pas saisi ce que le réalisateur a voulu transmettre.

Le côté politique est très bien représenté, entre l’influence de Sarah et d’Abigail sur Anne et la division entre les deux partis (Whig et Tory).
D’ailleurs, puisque ce film s’intitule La Favorite, j’ai beaucoup aimé la rivalité qui s’installe progressivement entre Sarah et Abigail. Ce n’était pas lourd, même si évidemment prévisible. J’avais entendu parler de « catfight » entre les deux femmes, mais je trouve ce terme péjoratif et absolument pas représentatif de leur relation. Si elles se disputent les faveurs de la reine, elles le font à la fois avec subtilité et gros sabots, si je puis dire. C’est un savant équilibre, qu’elles finissent par trouver.
L’évolution du personnage d’Abigail est peut-être un peu rapide. Elle passe de l’innocente servante à la dame de compagnie calculatrice et manipulatrice.

Les choix du réalisateur donnent une dimension d’anachronisme. L’histoire se déroule au XVIIIe siècle, mais les costumes des personnages, la situations humoristiques, les danses (les DANSES !!!) et la manière dont certaines scènes sont filmées en fish-eye sont très modernes. C’est ce qui contribue à distinguer La Favorite des films historiques qu’on peut voir habituellement.

Seule la scène finale m’a laissée un peu perplexe. L’esthétique du film était parfaite, sauf pour les dernières minutes, qui m’ont parues très brouillonnes. Au delà de ce détail, La Favorite est un film qui tient du génie, tant pour son histoire que pour la manière dont elle est racontée et filmée. C’est une pépite, et assurément un de mes films préférés de 2019 !

5 réflexions sur « La Favorite, trio de femmes et jeux de pouvoirs »

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