Hunger, une histoire de mon corps par Roxane Gay

Après avoir dévoré le premier essai de Roxane Gay, Bad Feminist, j’attendais avec impatience la sortie de Hunger chez les éditions Denoël. Cette lecture n’a pas été sans émotions. J’en suis ressortie chamboulée. Encore une fois, l’autrice a su frapper juste avec ses mots.

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Hunger : une histoire de mon corps
Roxane Gay
Denoël
2019
20.90 euros / 323 pages
Note : 5/5

 

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Si vous êtes une femme et que vous vivez aux Etats-Unis ou dans un pays occidental ; si vous êtes obsédée par l’idée de manger trop ou de ne pas manger assez (c’est plus rare) ; si vous utilisez des mots comme « craquer » et « péché mignon » – ces mots qui nous inspirent un sentiment de honte et destinés à mettre nos corps au pas, il est fort probable, et ce quelle que soit votre silhouette, que vous entretenez un rapport à la nourriture frisant le fétichisme. A celles qui rentrent dans ce modèle de plus en plus étriqué, félicitations ! Les vêtements sont coupés pour vous, les producteurs de chou kale vous adorent et l’opinion publique avec eux. Les autres risquent de rester dans l’ombre, à l’endroit précis où l’auteur de ce livre voulait se trouver. Dans Hunger, un essai courageux et sans concessions, Roxane Gay retrace comment une agression sexuelle subie dans son enfance l’a conduite à prendre volontairement du poids afin d’être invisible et par conséquent « en sécurité » . Dès le début de son livre, elle recommande à ceux qui ont soif de témoignage triomphant sur la perte de poids de passer leur chemin. Pourtant Hunger n’en est pas moins un triomphe, car, à travers l’expérience de Roxane Gay, nous apprenons une leçon fondamentale : nous devrions tous faire preuve de davantage de bienveillance envers la réalité du corps des autres et nous réconcilier avec le nôtre.

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Après avoir dévoré le premier essai de Roxane Gay, Bad Feminist, j’attendais avec impatience la sortie de Hunger chez les éditions Denoël. Cette lecture n’a pas été sans émotions. J’en suis ressortie chamboulée. Encore une fois, l’autrice a su frapper juste avec ses mots.

Roxane Gay se livre sans fards dans Hunger. Elle le dit elle-même, ce livre a été très dur à écrire pour elle, parce qu’il a impliqué une grande introspection et le dévoilement d’une partie difficile de sa vie privée.
Je l’admire énormément pour ça. Je comprends qu’il soit terrible de parler de son viol pour une femme, mais Roxane Gay le fait avec à la fois pudeur et détermination. C’est très dur à lire, et je ne peux qu’imaginer les souffrances que ça a pu lui causer.

On est loin du ton léger qu’a pu prendre parfois sa plume dans Bad Feminist. L’autrice parle de son rapport conflictuel avec son corps. D’abord un mécanisme de défense, il est devenu ensuite une prison.
Elle balaie les préjugés grossophobes qui peuvent survenir dans nos têtes. Etre obèse ne veut pas systématiquement dire avoir une mauvaise hygiène de vie. Chaque corps cache une histoire, dont on ne connaît pas les tenants et les aboutissants. Juger quelqu’un sur son poids, que la personne soit obèse ou mince, est absurde.

Roxane Gay a tout fait pour devenir invisible aux yeux des hommes, mais sa prise de poids l’a finalement rendue visible aux yeux de la société, société qui rejette les personnes autres que minces.
Elle explique que son féminisme entre en collision avec sa perception de son corps. En tant que féministe, elle aimerait assumer à 100% son poids, mais la réalité est autre. Si elle y arrive certains jours, d’autres sont plus difficiles.

Hunger a été une lecture à la fois difficile et enrichissante. Mon admiration piur Roxane Gay en ressort renforcée. Elle fait partie, pour moi, des autrices féministes incontournables.

Je remercie les éditions Denoël pour l’envoi de ce livre.

4 réflexions sur « Hunger, une histoire de mon corps par Roxane Gay »

  1. C’est le livre qui m’intéresse le plus de l’autrice… Je suis mince, donc je n’ai jamais vécu ce rejet, j’ai juste un ventre « gras », donc je suppose que ça me relit un peu à cette image du « gros » que les gens se font, et ils ne supportent pas que j’ai pas le ventre plat. La pauvre, je n’ose même pas imaginer… A lire un jour. Merci pour ta chronique.

    Aimé par 1 personne

    1. Le livre permet justement de mettre les mots sur un sujet auquel je ne m’étais jamais vraiment intéressée. Ca m’a fait pas mal réfléchir justement sur la notion de poids, de gras et la grossophobie qu’on nous matraque à longueur de journée. Tout comme le sexisme intégré, on a des mécanismes inconscients de rejet du « gros ».
      Si le livre t’intéresse déjà, je ne peux que te dire de foncer 😉

      Aimé par 1 personne

  2. J’avais déjà beaucoup aimé « Bad Feminist » (malgré les nombreuses références culturelles qui m’ont totalement échappées) mais je crois que celui-ci m’intéresse bien plus.
    Comme beaucoup de femmes, grâce à un magnifique mélange de pression sociale et d’environnement familial malsain, je suis complexée par mon corps alors même qu’en théorie je n’ai aucune raison de l’être. Et je me retrouve à 100% dans cette contradiction de se dire « Je suis féministe et en tant que telle je devrais m’accepter » tout en me contemplant dans le miroir après chaque douche pour traquer la moindre imperfection.
    En tout cas le livre est déjà réservé en médiathèque !

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