On ne naît pas soumise, on le devient

Il m’a fallu du temps pour lire et chroniquer On ne naît pas soumise, on le devient, pourtant ô combien intéressant ! Ça a été ardu et dense à lire pour moi, puisqu’il s’agit d’un livre philosophique – discipline avec laquelle j’ai toujours eu quelques difficultés. La confrontation a tout de même été très intéressante !

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On ne naît pas soumise, on le devient
Manon Garcia
Climats
2018
19 euros / 272 pages
Note : 5/5

 

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Même les femmes les plus indépendantes et les plus féministes se surprennent à aimer le regard conquérant des hommes sur elles, à désirer être un objet soumis dans les bras de leur partenaire, ou à préférer des tâches ménagères les petits plaisirs du linge bien plié, du petit-déjeuner joliment préparé pour la famille à des activités censément plus épanouissantes. Ces désirs, ces plaisirs sont-ils incompatibles avec leur indépendance ? Est-ce trahir les siècles de féminisme qui les ont précédées ? Peut-on attendre que les hommes fassent le «premier pas» et revendiquer l’égalité des sexes? Les récents scandales sexuels qui ont agité le monde entier ont jeté une lumière crue sur ces ambivalences et sur l’envers de la domination masculine : le consentement des femmes à leur propre soumission. Tabou philosophique et point aveugle du féminisme, la soumission des femmes n est jamais analysée en détail, dans la complexité des existences vécues. Sur les pas de Simone de Beauvoir, Manon Garcia s’y attelle avec force, parce que comprendre pourquoi les femmes se soumettent est le préalable nécessaire à toute émancipation.

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Il m’a fallu du temps pour lire et chroniquer On ne naît pas soumise, on le devient, pourtant ô combien intéressant ! Ça a été ardu et dense à lire pour moi, puisqu’il s’agit d’un livre philosophique – discipline avec laquelle j’ai toujours eu quelques difficultés. La confrontation a tout de même été très intéressante !

Le ton du livre est donné dès l’épitaphe – certains ouvrages écrits par des femmes sont relégués de la philosophie parce que… écrits par des femmes, et l’introduction – on encourage ces dernières à être fortes et indépendantes en même temps qu’on leur dicte quoi faire en termes d’apparence et de comportement dit « féminin ».

Dans la culture pop, la soumission des femmes est partout : dans les pubs, dans les films, les séries, les romans… et le pire, c’est qu’on ne s’en rend pas toujours compte, alors même qu’on se considère comme une femme forte ou féministe. C’est le côté insidieux de la soumission qu’explore Manon Garcia. Ses mécanismes, parfois invisibles.

Qu’est-ce que cette soumission que vivent les femmes ? Comment elle se manifeste et s’explique ? Comment est-elle vécue ?

DES DÉFINITIONS

Manon Garcia fait une distinction entre :

  • soumettre : dominer par la force.
  • se soumettre : ne pas agir contre le pouvoir qui s’exerce sur soi.

Elle explique qu’il y a deux idées qui s’opposent par rapport à la soumission féminine :

  • Les femmes sont inférieures aux hommes dans leur nature, donc il est naturel qu’elles soient soumises.
  • Les femmes sont soumises parce qu’elles le veulent bien, c’est une soumission plus ou moins volontaire aux hommes.

Ça fait sauter au plafond, hein ? Et c’est pas fini : la soumission est automatiquement associé à une caractéristique féminine.

ET LE FÉMINISME DANS TOUT CA ?

Manon Garcia évoque le problème du positionnement du féminisme : il dénonce l’oppression des femmes par les hommes et la société patriarcale, mais pas la soumission en elle-même.
Pourquoi ? Parce qu’admettre qu’il y a soumission de la femme va à l’encontre même des valeurs du féminisme. En prenant en compte les définitions de la soumission donnée par l’autrice, ça serait être des complices de la domination masculine.

TOUT EST QUESTION DE POINT DE VUE

Finalement, on parle beaucoup de domination masculine, mais jamais de soumission féminine. C’est un sujet tabou, dans lequel Manon Garcia saute à pieds joints.

Selon elle, étudier la soumission féminine revient à se place du bon point de vue pour comprendre les mécanismes de la domination masculine. Il est vrai que pour comprendre un problème, il faut prendre en compte tous ses aspects.
En se plongeant dans les mécanismes de la soumission féminine, on pourra plus efficacement les contrer.

Attention cependant, l’analyse de l’autrice se situe au niveau des femmes occidentales, hétérosexuelles (celles qui ont, a priori, le plus de liberté).

QU’EST-CE QU’UNE FEMME ?

Puisque la soumission est considérée comme une caractéristique féminine, Manon Garcia se pose la question : qu’est-ce qu’une femme ?
Elle se base, entre autres, sur les travaux de Simone de Beauvoir pour étayer sa réflexion. Cette dernière rejette l’essentialisme : l’idée selon laquelle le destin de la femme serait scellé avant même son existence, qu’elle serait soumise avant d’exister.
Elle rejoint les propos de Judith Butler, qui stipule que le genre est une construction sociale. Pour les deux autrices, une femme est donc un être socialement construit.

Etre une femme, c’est donc être dans une certaine situation économique, sociale, politique. Cette situation implique un ensemble de normes selon lesquelles les femmes doivent se comporter et à l’aune desquelles elles sont jugées. Etre une femme, une « vraie », implique de se conformer à ces normes et, de même que l’on se questionne sur la nature d’un outil lorsqu’il ne remplit pas son office, on s’interroge sur la féminité d’une femme lorsqu’une distance apparaît entre son comportement et le comportement qui lui est socialement prescrit. Or, quel est le comportement prescrit à la femme dans la société ? La soumission.

MANIFESTATIONS & MÉCANISMES DE LA SOUMISSION FÉMININE

Selon l’analyse de Simone de Beauvoir, la soumission ne touche pas qu’une seule catégorie de femmes, elle les touche toutes, à des degrés plus ou moins accentués. Cependant, son analyse connaît des limites parce qu’elle ne base pas ses propos sur l’intersectionnalité. Cette notion n’apparaît qu’à la fin des années 80 dans les travaux de Kimberlé Crenshaw. Il s’agit de prendre en compte le fait que des personnes subissent plusieurs types d’oppression à la fois : homophobie, racisme, sexisme, agisme, validisme, etc.

Manon Garcia dégage plusieurs situations qui contribuent à la soumission des femmes.

  • Par le travail domestique : elles sont maintenues dans la sphère privée. Leur sortie dans la sphère publique leur permettrait de se confronter aux hommes, et donc de s’émanciper, mais elles n’ont pas les outils pour y accéder.
  • La division : les femmes sont dispersées, ce qui les empêche de se rassembler et d’être solidaires pour renverser cette soumission.
  • L’objectification : il y a une appropriation du corps féminin par autrui. On projette beaucoup de choses dessus (maternité, sexualisation), ce qui fait qu’il n’appartient plus vraiment aux femmes. En  les réduisant à leur corps et à ce que la société attend d’eux, on nie leur individualité. Et si leur corps ne leur appartient pas, difficile pour elles de contrôler leur vie. Ce phénomène de dépossession survient souvent à la puberté.
  • Vision de l’amour faussée : les femmes sont censées se réalisées dans une relation amoureuses ou dans le statut de mère aimante. Elles sont supposées se consacrer corps et âme aux êtres aimés. Et je ne parle même pas du consentement, qui est complètement nié…
EN CONCLUSION 

Je suis ressortie de cette lecture lessivée. Manon Garcia m’a poussée dans mes retranchements. Je me suis questionnée : pourquoi, tout en étant une féministe militante, je me retrouve moi aussi soumise à cette société patriarcale ? Serais-je une complice de la domination masculine finalement ?
On ne naît pas soumise, on le devient m’a permis de prendre conscience des mécanismes qui s’opèrent dans la soumission féminine, dont on n’a pas forcément conscience. Manon Garcia offre des réponses, mais aussi des pistes de réflexions. Je pense que même en lisant et relisant ce livre, on peut en découvrir de nouveaux aspects !

 

 

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