Les couilles sur la table, ou l’analyse de la masculinité contemporaine par Victoire Tuaillon

Sans surprise, ce livre est une pépite ! Tiré du podcast animé par Victoire Tuaillon, il reprend et approfondit les grandes lignes de la masculinité contemporaine. 

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Les couilles sur la table
Victoire Tuaillon
2019
Editions Binge
18 euros / 255 pages
Note : 5/5

 

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Qu’est-ce que ça veut dire d’être un homme, en France, au XXIe siècle ? Qu’est-ce que ça implique ? Pour dépasser les querelles d’opinion et ne pas laisser la réponse aux masculinistes qui prétendent que « le masculin est en crise », Victoire Tuaillon s’est emparée frontalement de la question, en s’appuyant sur les travaux les plus récents de chercheuses et de chercheurs en sciences sociales Ensemble, au fil des épisodes de son podcast au titre percutant, elles et ils ont interrogé la masculinité et ses effets pourquoi, dans une immense majorité des cas, les harceleurs, les violeurs, les casseurs, sont-ils des hommes ? Pourquoi les petits garçons disent- ils tous que « l’amour c’est nul » ou encore que « l’amour c’est pour les filles » ? Comment la domination masculine affecte-t-elle aussi les hommes ? Réunissant les réponses à ces questions et à bien d’autres, ce livre démontre sans dogmatisme que la masculinité n’a rien de naturel, que c’est une construction sociale et qu’il faut la remettre en question si on veut atteindre une véritable égalité entre les femmes et les hommes. Un livre destiné à toutes celles et ceux qui se posent des questions sur eux-mêmes. Et à celles et ceux qui ne s’en posent pas encore.

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Le féminisme comprend l’analyse de la situation des femmes dans la société, mais il est également important de s’intéresser aux masculinités pour comprendre tous les enjeux liés à la société patriarcale dans laquelle on vit. 
Il est notamment pertinent de se poser la question : pourquoi les hommes reproduisent des schémas sexistes ?

Dans son livre, Victoire Tuaillon n’apporte pas de réponse définitive, mais aborde le sujet de manière complète et pertinente.
En quatre grandes parties – construction, privilège, exploitation, violence – elle analyse la masculinité aujourd’hui. La dernière partie est consacrée à des pistes de réflexion pour faire bouger les lignes.

Elle explique donc que, comme la féminité, la masculinité est une construction sociale et culturelle. On ne naît pas homme, on le devient aussi par tout un tas de facteurs inhérents à notre société : le fait que les petits garçons soient encouragés à prendre de la place dans la cour de récré, à masquer leurs émotions, etc.
Dès l’enfance, une hiérarchisation se crée entre les hommes et les femmes, et même entre les hommes eux-mêmes. Attention à ne pas être trop « féminin » !

Les hommes, du fait de leur sexe et de leur statut de dominants dans la société, possèdent des privilèges dont ils n’ont pas forcément conscience. Ils sont considéré comme la norme, le neutre, que ce soit dans la langue française avec les accords, dans l’élaboration de médicaments ou de sièges de voiture : tout est fait à leur échelle.
Outre ces avantages matériels, Victoire Tuaillon souligne leur position dans la ville (les rues qui portent le nom de personnalités masculines, leur accaparement de l’espace public, le problème du harcèlement de rue) et dans le monde du travail (la charge mentale liée aux enfants qui leur échappe complètement, le fait qu’ils occupent systématiquement les plus hautes fonctions en entreprise, etc.)

Victoire Tuaillon parle également du fait que les hommes assoient leur position dominante en s’appuyant complètement sur les femmes. Cela passe par une ignorance totale de la charge mentale (répartition inégalitaire des tâches domestiques, cf Titiou Lecoq) ou émotionnelle. La charge émotionnelle comprend les différences dans les rapports amoureux ou sexuels, notamment en ce qui concerne la contraception ou les grossesses non désirées.

La dernière partie, la plus dure à lire, aborde le problème de la violence. Victoire Tuaillon parle des féminicides, mais aussi de la culture du viol,  et comment ces violences sont instituées par la construction de la masculinité et les privilèges qui en découlent. Finalement, tout est intrinsèquement lié !

Pour terminer sur une note un peu plus optimiste, après ces constats alarmants, Victoire Tuaillon propose des pistes de réflexion pour faire bouger la masculinité contemporaine. Pour elle, cela passe avant tout par l’éducation. Il faudrait montrer aux enfants, aux hommes en devenir, qu’il existe une multitude de possibilités pour se construire différemment du schéma classique proposé.
Cela passe par la socialisation, mais également par l’éducation à la sexualité (qui irait au-delà de « pénis dans vagin » et de la focalisation sur la pénétration !).

En bref, j’ai adoré me plonger dans Les couilles sur la table. Le contenu est riche et documenté. L’autrice s’appuie sur les travaux de nombreux-ses spécialistes et ponctue ses chapitres d’extraits d’épisodes du podcast du même nom. C’est, pour moi, une excellente introduction à la masculinité contemporaine et un incontournable quand on s’intéresse aux questions féministes.

2 réflexions sur « Les couilles sur la table, ou l’analyse de la masculinité contemporaine par Victoire Tuaillon »

  1. J’ai une question, pas en rapport avec l’article mais : je me demandais si tu connaissais ou avais entendu parlé d’un livre qui traite de l’évolution de la figure féminine dans les Disney ? Ce genre de choses doit bien existé, seulement je ne sais pas trop où chercher… Peut-être peux-tu m’aider ?

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